Si le dégout du monde suffisait à lui seul à conférer la sainteté, je vois pas comment je pourrais eviter la canonisation.
jeudi 16 décembre 2010
Collection Hivernale #2 - Ulver : La trilogie du loup.
Ulver est un cas à part musicalement parlant, pas seulement parce que le groupe a tenu 15 ans avant de donné son premier concert, mais aussi parce que leur discographie est marquée par deux périodes foncièrement différentes : une première moitié black métal et une deuxième plus électronique / ambient.
Et c'est bien sûr la première qui nous intéresse, une période composée d'une trilogie hargneuse, le groupe composant un black métal qui sent bon les forêts scandinaves et les montagnes enneigées.
"Bergtatt" ouvre le bal, suivi par "Kveldssanger" qui transpose le climat polaire de leur black métal d'introduction dans un folk en voie claire; puis ce sera le cultissime "Nattend Madrigal" qui clôturera cette période en revant au black métal de la manière la plus brute qu'il soit : pas de fioriture mélodique, l'album est un torrent de lave au milieu d'un glacier.
Alors si votre chauffage devient soudainement trop étouffant, ces trois albums sauront apporter un avant gout d'hiver polaire scandinave au milieu de votre chambre, et quand en plus on a la chance d'avoir des artworks aussi magnifique, on se dit que l'hiver, c'est quand même une putain de bonne saison.
dimanche 12 décembre 2010
Vidéodrôme #5 : Headache?
Eh non, il ne s'agit pas du nouveau clip de Lady Gaga, mais celui de Christina Aguilera, dont on avait un peu lâché la carrière (enfin moi personnellement depuis "Dirty", je me rappelle pas de ce qu'elle a pu faire) : ambiance sado-maso, multifacette, costumes et posture genre Lady Gaga... on ne peut pas lui en vouloir, vu que ça marche dans ce clip, quand même un poil plus "cul" (mais ce n'est pas une première).
mercredi 8 décembre 2010
L'empire n'a jamais pris fin.
On a dit des rêves qu'ils étaient une forme de "psychose controlée" — ou, pour prendre le problème à l'envers : la psychose est un rêve qui fait irruption dans la vie diurne. Comment interpréter cela, par rapport à mon rêve du lac, qui inclut une femme que je n'ai jamais vue, mais pour qui j'éprouve un amour réel et familier ? Y a-t-il deux personnes dans mon cerveau, comme dans celui de Fat ? Elles seraient séparées, mais dans mon cas, aucun symbole désinhibant n'aurait abattu la cloison et lancé "l'autre" dans ma personnalité, dans mon univers ?
Sommes-nous tous comme Horselover Fat, mais sans le savoir ?
Dans combien de mondes existons-nous simultanément ?
Encore groggy après mon somme, j'allume la télé pour essayer de regarder une émission intitulée "Au bon vieux temps de Dick Clark, IIe partie". Débiles et demeurés défilent sur l'écran en bavant comme un bande d'hydrocéphales ; des boutonneux extatiques acclament bruyamment le spectacle de la banalité la plus totale. J'éteins la télé. Mon chat veut sa bouffe. Quel chat ? Dans les rêves, ma femme et moi n'avons pas d'animaux domestiques ; nous sommes propriétaires d'une jolie maison et d'un grand terrain bien entretenu où nous passons nos week-ends. Nous avons un garage avec deux voitures... soudain je me rend compte, et ça me fait nettement sursauter, que cette maison coûte cher ; dans ma série de rêves, j'ai du blé. J'ai la vie d'un type de classe moyenne supérieure. Ce n'est pas moi. Je ne vivrais pas jamais comme ça, ou si ça m'arrivait, je serais sacrément mal dans ma peau. La richesse, les possessions, ça me gène ; j'ai fait mes classes à Berkeley et j'en ai gardé le profil typique — conscience de gauche, vues socialistes et méfiance à l'égard de la vie facile.
Le personnage de mon rêve a en plus une propriété donnant sur le lac. Mais sa foutue Capri est la même que la mienne. En début d'année, je suis allé m'acheter une Capri Ghia flambant neuve, qui ne serait pas normalement dans mes possibilités financières ; c'est le genre de véhicule que pourrait posséder l'homme du rêve. Mon rêve a donc sa propre logique. Le rôle que j'y joue m'amènerait à avoir la même voiture.
Une heure après mon réveil, je vois encore en esprit — par quel moyen, le troisième œil ajña ? — ma femme vêtue de jeans et le tuyau d'arrosage qu'elle traine sur l'allée cimentée. Petits détails auxquels il manque une intrigue. J'aimerais bien être propriétaire de la résidence voisine. Ah oui ? Dans la réalité, je n'en voudrais même pas comme enjeu d'un pari. Ces gens-là sont friqués ; je les déteste. Qui suis-je? Combien de personnes suis-je ? Où suis-je ? Ce petit appartement plastique en Californie du Sud n'est pas le mien, mais me voilà bien réveillé, je crois, et c'est là que je vis, avec ma télé (salut, Dick Clark), ma chaîne (salut, Olivia Newton-John) et mes bouquins (salut, neuf millions de volumes trapus). A coté de l'existence qui est la mienne, dans ces rêves raccordés, la vie que je mène est solitaire, bidon et sans valeur ; Où sont les roses ? Où est le lac ? Où est la femme svelte, souriante, séduisante qui manie le tuyau d'arrosage ? Comparé à celui du rêve, l'individu que je suis dans le présent est un vaincu et un frustré qui ne fait que s'imaginer qu'il vit pleinement. Pendant les rêves, je vois en quoi consiste une vie pleine, et ça n'a rien à voir avec ce qui constitue mon lot dans la réalité.
Puis une étrange pensée me vient. Je n'ai guère de liens avec mon père, qui vit toujours, doit avoir dans les quatre-vingts ans et habite en Californie du Nord vers Menlo Park. Je ne lui ai rendu visite que deux fois et c'était il y a vingt ans. Sa maison ressemblait à celle que je possède en rêve. Ses aspirations — et ses réussites — recoupent celles de "l'autre". Est ce que je deviens mon père en dormant ? L'homme du rêve — moi même — a mon âge actuel, ou peut être est-il plus jeune. Oui, je peux en juger par la femme, ma femme : il est beaucoup plus jeune. Au cours de mes rêves, j'ai remonté le temps, non pas jusqu'à mes propres années de jeunesse, mais jusqu'à celles de mon père ! Pendant ces rêves, j'adopte le point de vue de mon père sur la bonne vie, sur ce que les choses devraient être ; ses idées s'imposent avec une telle force qu'elles continuent de flotter dans mon esprit une heure après mon réveil. Pas étonnant que dans ces moments-là je déteste mon chat ; mon père a les chats en horreur.
Dans la décennie qui précéda ma naissance, mon père montait souvent jusqu'au lac Tahoe. Ma mère et lui avaient propablement une cabane par là-bas. Je n'en sais rien, je n'y suis jamais allé.
Mémoire phylogénique, mémoire de l'espèce. Pas la mienne propre, l'ontogénique. "L'ontogénique résume le phylogénique", comme il est écrit. L'individu contient l'histoire de sa race tout entière, en remontant jusqu'aux origines. Jusqu'à la Rome antique, jusqu'à la Crète minoenne, jusqu'aux étoiles. Mon abréaction, en rêve, ne m'a fait remonter que d'une génération. C'est la mémoire du stock génétique, le code de l'A.D.N. Cela explique l'expérience cruciale de Fat, au cours de laquelle le symbole chrétien du poisson a désinhibé une personnalité inscrite dans un passé vieux de deux mille ans... parce que ce symbole lui-même a pris son origine il y a deux mille ans. Lui eût-on montré un symbole plus ancien, son abréaction l'aurait mené encore plus loin dans le temps ; après tout, les conditions étaient idéales : il avait reçu une dose de penthotal, le "sérum de vérité".
La théorie de Fat était différente. Pour lui, nous sommes en réalité dans l'an 103 de l'Ère commune ( que j'écrirai pour ma part 103 ap. J.-C ; au diable Fat et ses expressions dans le vent ). Nous vivons, au vrai, des temps apostoliques, mais le voile de maya, ou ce que les Grecs nommaient dokos, obscurcit le paysage. Il s'agit pour Fat d'un concept clé : le dokos, le voile de l'illusion ou de l'apparence. Cette situation met en jeu le temps, la question de savoir si le temps est réel.
Moi aussi, je vais citer Héraclite : "Le temps est un enfant qui pousse des pions : royauté d'un enfant." Seigneur ! Qu'est-ce que cela signifie ? Commentaire d'Edward Hussey : "Dans ce passage, comme sans doute chez Anaximandre, le "temps" est un nom de Dieu, dont l'étymologie suggère son éternité. L'immémoriale divinité est un enfant qui pousse ses pions cosmiques sur l'échiquier en respectant les règles." Par le Christ, sur quoi sommes-nous donc tombés ? Où sommes-nous et quand sommes-nous et qui sommes-nous ? Combien de gens, en combien de lieux et combien de temps ? Des pièces sur un échiquier, poussées par "l'immémoriale divinité" qui est un "enfant" !
Vite la bouteille de cognac. Le cognac, ça me calme. Il m'arrive de craquer, surtout si je viens de passer une soirée à discuter avec Fat, et il me faut un truc pour me calmer. J'éprouve le pressentiment redoutable que Fat est tombé sur quelque chose de très réel et d'absolument terrifiant. Pour ma part, je n'ai aucune envie d'innover, que ce soit sur le terrain théologique ou philosophique. Mais il a fallu que je rencontre Horselover Fat ; il a fallu que j'apprenne à le connaitre et que je partage les idées tordues qu'il a élaborées à partir de sa rencontre particulière avec Dieu sait quoi. Avec l'ultime réalité, peut-être. Quoi que ce fût, c'était vivant et ça pensait. Et ça ne vous ressemblait en rien, malgré la citation de I Jean 3/1-2.
Xénophane avait raison.
"Il n'y a qu'un seul dieu, maître souverain des dieux et des hommes, qui ne ressemble aux mortels ni par le corps ni par la pensée."
Une phrase telle que "Je ne suis pas moi-même" ne constitue-t-elle pas un oxymoron ? N'y a t-il pas là une contradiction verbale, un énoncé nul sur le plan sémantique ? Fat s'est révélé être Thomas et moi, en étudiant le contenu de mon rêve, je parviens à la conclusion que je suis mon propre père, marié à ma mère encore jeune — avant ma naissance. Je crois que cette phrase énigmatique, "De temps à autre, il nait chez eux un ou deux sorciers" est censée me révéler quelque chose. Ainsi que l'a fait remarquer Arthur C. Clarke, une technologie suffisamment avancée passerait à nos yeux pour une forme de magie. Un sorcier s'occupe de magie ; par conséquent, un "sorcier" est quelqu'un qui maîtrise une technologie hautement sophistiquée, une technologie qui défie notre entendement. Quelqu'un joue avec le temps sur un échiquier, quelqu'un que nous ne pouvons pas voir. Il ne s'agit pas de Dieu. Dieu est un nom archaïque donné à cette entité par les sociétés du passé, et aujourd'hui par des gens enfermés dans un système de pensée anachronique. Nous avons besoin d'un terme neuf, mais ce que nous affrontons n'est pas nouveau.
Horselover Fat est capable de voyager dans le temps, de remonter des milliers d'années en arrière. La race à trois yeux vit probablement loin dans l'avenir ; ce sont nos descendants hautement évolués. Et c'est probablement leur technologie qui a permis à Fat de se déplacer d'une époque à l'autre. De fait, la personnalité maîtresse de Fat ne se situe pas forcément dans le passé, elle est peut être encore à venir — mais elle s'est manifestée extérieurement à Fat sous la forme de Zebra. Ce que je suis en train de dire, c'est que le feu de Saint-Elme, qualifié par Fat de vivant et intelligent, a sans doute "abréagi" jusqu'à notre époque et qu'il est l'un de nos propres enfants.
Extrait de "Valis" (titre français : SIVA), écrit par Philippe.K.Dick, 1981.
mardi 7 décembre 2010
Constant Shallowness Leads To Evil [13] - Unnatural History II : Smiling At The Face Of Perversity (1995)
Ce deuxième volume du triptyque regroupant travaux passés, raretés et inédits du groupe se divise en trois catégories.
On y retrouve les deux morceaux composés par Coil pour le film testament de Derek Jarman, "Blue", deux morceaux qui montrent la facette la plus dansante du groupe, parasitée ça et là par des effets qui viennent subitement casser le rythme.
L'album reprend aussi les titres qui composaient la bande originale du film Hellraiser, les morceaux refusés par la production, dont on ne reviendra pas sur la qualité étrange, effrayante et hypnotique.
Seul quelques morceaux inédits viennent combler le reste, à commencer par "Red Weather", mélodie minimaliste accompagnée de bruits de criquets en fond sonore, une curieuse introduction qui s'explique par le fait que les crédits du morceau reviennent plus au seul Balance qu'au duo véritablement.
"Airborne Bells" était l'autre face d'un single qui comprenait aussi "Is Suicide Solution", sorti deux ans plus tôt.
"Another Brown World" est peut être LE gros inédit de l'album, long titre de plus de 10 minutes qui déroule une ambiance envoutante et aérienne, entrecoupée par moments de solo de guitare fabuleux. Le titre qui suit s'avère presque complémentaire, "Contains A Disclaimer" est un morceau imposant, à l'ambiance éléctronique au milieu duquel s'invite là encore une guitare magnifique, une demonstration imposante de la part de Coil.
Loin de n'être qu'un best of, Unnatural History est surtout l'occasion de retrouver sur un seul bloc des titres de très bonne qualités, parfois difficiles à trouver : à conseiller aux novies comme à ceux qui connaissent dejà le groupe, mais absolument pas seulement pour les collectionneurs.
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