Si le dégout du monde suffisait à lui seul à conférer la sainteté, je vois pas comment je pourrais eviter la canonisation.
mercredi 18 juillet 2012
Comics Box #1 : Nova #1-3 par Dan Abnett & Andy Lanning (2007)
La méga saga cosmique Annihilation a relancé en 2006 la branche cosmique de Marvel en proposant un épopée spatiale d'une qualité inespérée et aux conséquences marquantes. Outre la mort de Thanos, l'offensive d'Annihilus a aussi décimé le Nova Corps et propulsé au premier plan un héros dont tout le monde se foutait : le terrien Richard Rider aka Nova.
Le personnage inventé en 1976 par Mark Wolfman et John Buscema a toujours peiné à intéresser les lecteurs jusqu'à ce qu'il trouve une certaine notoriété au sein des New Warriors dans les années 90 puis finisse par retomber dans l'anonymat.
Avec la destruction de l'ensemble du Nova Corps (pendant Marvel du Green Lantern Corps de DC puisque les centurions Nova sont chargés de protégé l'univers en patrouillant dans l'espace), l'anecdotique Richard Rider devient soudain un héros d'envergure cosmique, doté des pleins pouvoirs d'une armée entière et qui finira d'ailleurs par mettre fin à la guerre contre le tyran vert.
C'est donc le duo Abnett/Lanning qui se charge de propulser le nouveau héros dans une série attitrée, pas forcément les scénaristes les plus connus dans le milieu du comics mais des mecs qui ont quand même sur leur CV des travaux pour 2000 AD, la très célèbre (et très bonne) revue de science-fiction britannique. Un duo qui deviendra par la suite la tandem en charge de l'ensemble des aventures cosmique de Marvel.
Mais revenons donc à ces premiers épisodes, qui se situent juste après Annihilation.
Dans le tout premier, les scénaristes prennent le temps de nous montrer ce qui a changé pour Nova, guide par Woldmind, la conscience et l'héritage de Xandar, planète du Nova Corps dévastée pendant la guerre, comment celui qui n'était encore qu'un gamin quelques temps auparavant doit gérer cette toute puissance, seul désormais à essayer de régler les problèmes de l'univers et surtout les contrecoups de la récente bataille. Rider poursuit sa route d'appel de détresse en appel de détresse, réglant les menaces le plus vite possible, sans s'accorder une seule minute de répit. Nova est encore un jeune chien fou que la présence de pouvoirs auxquels il n'a encore jamais été confronté rend impatient mais plus que tout conscient des responsabilités qui lui incombent, voir même trop exigent, comme si son rôle dans la mort d'Annihilus, comme si sa transformation en un être puissant l'avait rendu beaucoup trop sérieux.
L'épisode est vraiment très intéressant parce qu'il n'a rien d'un prologue classique : il est la continuité des récents événements et il s'attache beaucoup plus à nous décrire l'état d'esprit de Nova plutôt que de la faire s'affronter une énième menace.
Les deux épisodes suivants forment un tout cohérent et ramènent Richard Rider sur sa planète natale, la Terre.
Prenant conscience (mais un peu contraint) qu'il a besoin de repos et puisqu'il a accidentellement atterri sur Terre, Rider décide de rendre visite à ses parents. Et ce qui au départ devait être de douces retrouvailles se transforme très vite en cauchemar. Rider est parti longtemps dans l'espace, un endroit où CNN ne capte pas très bien et beaucoup de choses ont changés sur Terre, notamment parce que nous sommes en plein post-Civil War. Abnett et Lanning n'étaient pas forcément obligés d'inclure leur série dans le crossover annuel de l'éditeur , ils auraient pu tranquillement laisser Nova dans l'espace mais ils se sont rappelés que leur personnage principal avait été membre des New Warriors, c'est à dire les responsables de la tragédie de Stamford qui a engendré la loi de recensement : l'occasion donc de faire se confronter le tout puissant Nova avec des problèmes bien plus à terre. et plus on avance, plus le pauvre Richard Rider tombe de Charybde en Scylla : ses anciens camarades sont morts, son ancienne école est à l'abandon, de soit disant super-héros mettent des civils en danger en tentant de l'arrêter... les deux scénaristes soulignent l'effrayante absurdité du nouveau statut de son ancien monde, montrant que les choses ont changés pendant son absence, ses propres parents influencés par l'opinion générale ont peur de lui ou ne le tiennent pas en haute estime... Les problèmes qu'affrontent le pauvre Nova sont d'une nature différente de ceux qu'il rencontre lors de ses missions spatiales mais elles sont bien pires parce qu'elles touchent à l'affect, à ses souvenirs, à son bonheur passé : les enfants sont devenus des adultes dans un monde trop adulte, l'insouciance est mort, comme un relent de 11 septembre soudain... la conclusion est logique et très triste : certes, Rider le dit lui même, il se sent seul, écrasé par le poids des responsabilités au milieu du grand vide de l'espace mais ce monde est devenu fou.
Ces deux épisodes sont d'une tristesse inouïe et ils sont aussi comme un reflet de la société d'aujourd'hui, ce qui les rend encore plus tristes et effrayants et en 48 pages, Dan Abnett et Andy Lanning viennent peut être d'analyser les retombées de Civil War de la plus belle des manières.
Finalement Nova est encore un gamin perdu qui est obligé de jouer les héros et même s'il possède toutes les qualités requises pour ce nouveau rôle, Richard Rider n'en reste pas moins un être humain : dans l'espace, personne ne vous entendra pleurer!
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