Deux semaines après le résultat des législatives, Emmanuel Macron a donc toujours du mal à comprendre la situation. Une majorité relative, une percée du RN et la gauche (plus ou moins) rassemblée (quand Roussel aura fini de se prendre pour Miss Univers, il nous préviendra) comme première force d'opposition. Jupiter 1er, le roitelet Macron a encore du mal à intégrer qu'il ne pourra pas gouverner comme il le souhaite, qu'il n'aura pas les coudées franches et qu'il devra nécessairement faire des compromis. Ce qui le fait profondément chier, d'autant plus que c'est typiquement le genre de situation qu'un égo démesuré et un homme politique qui conçoit la démocratie comme une monarchie absolue dans lequel il décide de tout, ne peut accepter.
Donc Macron fait un blocage psychologique. Et il a beau essayer de faire croire dans les médias qu'il n'a pas le seum, ses actes trahissent le contraire. Il a beau affirmer en interview que tout ça n'est ni grave, ni inédit, que puisque les autres pays ont déjà l'habitude de collaborer entre partis, la France réussira elle aussi à s'adapter, son attitude affiche une profonde contradiction. En quémandant l'aumône à tous les partis (qui lui ont opposés une fin de non recevoir... le Président ayant passé son temps à chier sur ses adversaires avec autant de mépris que d'impolitesse), en cherchant à tout prix une forme de majorité qui lui offrirait la sécurité de ne pas avoir à faire de compromis, de ne pas avoir à négocier avec ses adversaires, le Président trahit sa fébrilité, son agacement, son incapacité à concevoir une autre forme de pouvoir que celui dans lequel il serait tout puissant et sans limite, sans obstacle.
Macron a usé de tous les subterfuges pour tenter d'arriver à cette fin, quitte même à qualifier ses deux principaux opposants de "non-républicain" en imaginant que LR serait plus enclin à collaborer avec lui. Et si effectivement, certains à droite plaident pour une collaboration, pour le moment les têtes pensantes du parti refusent d'être les vassaux du gouvernement (comme quoi, il y en a encore qui ont une once de bon sens dans ce parti, ce qui n'était pas forcément évident ces derniers mois). Tout ça alors que certains imaginent pourtant une possible entente avec le RN (coucou Ducon Moretti qui n'a donc aucune dignité) et que Emmanuel Macron était bien content de trouver les Insoumis pour appliquer le pacte Républicain pendant l'entre deux tour. Quitte à accuser les autres partis de mauvaise volonté et de bloquer le pays.
Voilà donc où en est. Voilà donc où a mené la politique de LREM. Macron fait un caca nerveux parce que ses opposants refusent de se soumettre à ses diktats et découvre le sens d'une démocratie saine, avec une opposition pour jouer les garde-fous. C'est un peu le début du déclin pour l'idéologie En Marche, qui a passé 5 ans à favoriser les plus riches (il faut bien soigner son électorat), à offrir la mendicité aux pauvres et à continuer à détruire le pays à coup d'ultra-libéralisme débridé. Après avoir détruit l'éducation avec Parcoursup, avec avoir installé comme Ministre de l'Education un abruti arrogant qui a passé plus de temps à combattre le "wokisme" et "l'islamo-gauchisme" et à reprendre les éléments de langage de l'extrême droite qu'à vraiment œuvrer pour les élèves, après avoir supprimer l'ISF pour engendrer un supposé ruissellement qui n'existe que dans ses fantasmes, après avoir tellement bien combattu l'extrême droite qu'elle n'a jamais été aussi haute, ni aussi nombreuse à l'assemblée, alors qu'il a rejeté la plupart des propositions citoyennes en faveur du climat, alors que la crise sanitaire à une fois de plus mis en lumière les lacunes de nos services de santé laissés à l'abandon depuis des années, alors qu'une guerre est aux portes de l'Europe et a des conséquences fâcheuses pour notre économie et alors qu'il cherche toujours à reculer l'âge de la retraite à 65 ans, le système Macron se retrouve dans une impasse que son chef n'avait pas envisagé, tellement sûr d'être tout puissant et que les autres sont des merdes.
Les autres partis ont fait des propositions pour juguler l'inflation, toutes retoquées par l'exécutif : la baisse de la TVA sur les produits de premières nécessité, la hausse du SMIC, le bloquage des prix sur des produits de premières nécessités... Par contre, Elisabeth Borne est favorable à... la défiscalisation des heures supplémentaires, mesure qui rappelle les belles heures du Sarkozysme (Aka celui qui murmure à l'oreille de Macron, aka le boulet des Républicains, Aka le mec avec le moins de dignité au monde) : en gros, l'exécutif donne comme réponse à la crise "Vous n'avez qu'à bosser plus, bande de feignasse".
Et pendant ce temps là, Bruno Le Maire nous explique qu'il va falloir dépenser moins pour réduire le fameux déficit public à 3% du PIB. Sans jamais un seul moment se dire que cette décision a été prise à une époque où la guerre en Ukraine n'existait pas et où on était pas en pleine inflation. Sans jamais non plus proposer d'aller chercher l'argent là où il se trouve, c'est à dire chez les plus riches (parce que l'austérité, ça touche surtout les pauvres). Et les PDG de EDF, Engie et Total Énergie de demander aux gueux de bien vouloir faire des économies d'énergie alors que les Français ne les ont pas attendus pour ça et que l'on envisage toujours pas de prendre des mesures simples telles que l'arrêt des lumières dans les vitrines ou les abribus la nuit.
Quand Emmanuel Macron a été réélu, on savait que ça allait être long et pénible pour les 5 prochaines années, on ne s'attendait pas à ce que le foutage de gueule commence si tôt.
Et puis, il y a autre chose d'encore plus flippant dans son comportement. 28% d'abstention à la Présidentielle, soit plus d'un électeurs sur 4 qui ne s'est pas déplacé pour l'élection la plus importante du pays, une abstention en hausse. 54% d'abstention au second tour des législatives, plus d'un électeurs sur 2!!!! On sait que la majorité des gens qui se sont abstenus sont jeunes, l'abstention monte à 75% chez les 18-24 ans!!!! Et la majorité à eu beau s'en émouvoir sur les plateaux télé après l'élection, force est de constater qu'elle n'en parle plus beaucoup, se garde bien de relativiser son score au regard de cette donnée, et encore moins de s'occuper à solutionner le problème.
Il serait tentant de proposer le vote obligatoire comme dans d'autres pays et d'y voir le signe d'une jeunesse depolitisée, d'une jeunesse non engagée. La réalité est tout autre : la jeunesse a des convictions et elle se bat pour ces convictions. Mais elle le fait au travers de structures associatives. Elle le fait à travers des structures dans lesquelles elle peut voir les résultats de ses actes, rapidement. Le problème de la politique aujourd'hui , c'est qu'elle donne l'impression (à raison) de ne rien apporter. La jeunesse à l'impression de devoir voter pour des gens qui n'agissent pas pour les causes qui leur tiennent à coeur, de devoir même voter pour des gens bien trop vieux qui sont en parti responsable de la destruction de la société... Notre mode de scrutin qui favorise un parti unique et hégémonique est une exception en Europe et ne correspond plus à la réalité d'aujourd'hui. Non seulement les jeunes n'ont plus confiance dans les hommes politiques, mais surtout ils refusent de voter pour un parti avec lequel ils sont en total désaccord, juste parce que ce sont les règles absurdes qui ont été édictées par une élite il y a des lustres, ils veulent du concret et pas des promesses en l'air, ils veulent avoir l'impression de changer les choses, ils veulent avoir un vrai impact sur la société dans laquelle ils vivent et aujourd'hui, notre démocratie est incapable de leur offrir ça, elle est incapable de répondre aux attentes de la jeunesse parce qu'elle est sclérosée par des vieux boomers privilégiés qui s'accrochent au pouvoir comme des tiques et refusent de penser à autre chose qu'à eux même. Et tôt ou tard, si rien n'est fait, c'est une bombe à retardement qui va exploser. Et les dégâts ne seront pas jolis à voir.
Déjà aujourd'hui, on voit une polarisation de la vie politique et par extension de la société. Même si les résultats de la dernière présidentielle distinguent 3 blocs, on remarque une jeunesse tentée de plus en plus vers les extrêmes. L'absence et l'immobilisme des partis traditionnels exaspère une génération qui se tourne donc vers des partis plus radicaux dans l'espoir de voir un changement. Et il n'y a que 2 issus à cette situation : où l'un des-dits partis appliquera une politique désastreuse qui fera basculer le pays dans l'horreur (possiblement le RN), ou bien eux aussi ne feront rien de plus et l'explosion crainte aura lieue. Macron a déjà eu un avant-goût avec les Gilets Jaunes, manifestation de ras le bol des classes populaires (et moyennes dans une certaine mesure) qu'il a éteint temporairement à coup de charité pour les pauvres. Il suffirait d'un rien pour que l'incendie se ravive.
L'état de notre démocratie ne donne pas envie de sauter au plafond et tout porte à croire qu'aucune amélioration n'aura lieu pendant les 5 ans à venir. La montée du communautarisme (religieux mais pas que), l'urgence climatique, le risque terroriste, l'essor du populisme et le risque d'une révolution citoyenne (sous une forme ou une autre) sont des dangers intimement liés à la situation politique, et si rien n'est fait pour ramener un semblant de confiance dans le système démocratique, alors on s'achemine vers des heures sombres