mercredi 24 août 2011

Do you know the difference between love and obsession ? and what’s the difference between obsession and desire ?

Les lampadaires de la ville gardaient la route en une rangée de soldats lumineux. Le ronronnement de la Cadillac berçait nôtre fuite et son sommeil, nous filions à 130 km/h sur la nationale, destination : nul part, partout, ailleurs... La lune semblaient nous adresser un sourire bienveillant, éclairant le ciel comme un phare.
Je repense aux spots du club, je repense au reflets jaune, rose, verdâtres, je repense à son image qui s'agite au milieu de la foule qui danse et qui s'épuise à coup de Cosmopolitan à 15$, de Mojito à 18$, de champagne qui coule à flots dans un coin sombre à 130$ la bouteille.
L'air est lourd d'un parfum familier que je ne parvient pourtant pas à reconnaitre. La nuit chimique, d'un jaune édulcoré, encercle les immeubles de la banlieue à nôtre droite. J'essaye de me rappeler la dernière fois que je me suis vraiment retrouvé dans l'obscurité, dans la nuit... peut être jamais...
Je repense à son corps de séraphin, élancé, souple, élastique, hypnotique, décrivant des formes surréalistes sur la piste, encerclés par tous ces loups, jeunes et vieux, à l'affut, irrésistiblement attiré vers sa présence électrique comme des papillons de nuits vers une ampoule : on sait tous comment ils finissent. Il aime ça, il ne le montre pas mais il jubile de l'intérêt qu'on lui porte, il n'est venu que pour cette seule raison.
 Son visage juvénile est un masque d'innocence, une célébration de la candeur, un attrape-cœur; ses yeux sont deux émeraudes qui scintillent sous les flash des stroboscopes et capturent le moindre désir alentour, il est entouré d'hommes qui n'ont d'yeux que pour lui, il est un vortex au pouvoir d'attraction phénoménal qui tisse une gigantesque toile à travers le night-club bondé et étouffant : soudain un poing se lève, d'autres se répètent en écho, ils se battent pour avoir droit à ses faveurs et lui continue de danser, balançant son corps lascif, lancinant, un sourire discret au coin de ses lèvres dessine une fossette : il me regarde rester assis, il me regarde contempler cette scène de lutte collective, improbable, il me regarde me lever pour le rejoindre, rester un instant contre lui puis il me susurre à l'oreille "Allons-nous en!", puis il me tire par la main et nous gagnons l'issue de secours qui mène au parking, je jette un coup d'œil derrière, moins pour m'assurer que personne ne nous suit que pour garder un dernier souvenir de cette bataille homérique.
Il grimpe sur le siège passager de sa voiture, me jette les clef et me dit "Roule!".
Les quelques minutes qui viennent de s'écouler se traduisent en un gigantesque trou noir dans ma mémoire, j'ai l'impression d'avoir été téléporté ici, mon corps agit sous la contrainte d'une espèce de contrôle télépathique. Est-ce que je souhaite vraiment retrouvé mon libre arbitre? Est-ce que je souhaite vraiment m'enfuir loin de son aura magnétique? Si je répondais par l'affirmative, je serais un hypocrite de la pire espèce. J'aime ça, sans vouloir vraiment me l'avouer, j'adore ça, le danger, le désir, l'instantané, l'imprévisible, l'imprudence, j'en rêve depuis des années.
Nous roulons en silence pendant quelques kilomètres, dépassant les routards nocturnes et les transports de marchandises qui ressemble à d'énormes monstres mécaniques prêt à vous avaler, lorsqu'il se met soudainement à rire, un rire bruyant, exhalant la folie et l'excitation, le bonheur et la jeunesse, et qui va se perdre dans la nuit à l'odeur d'asphalte brulant.
— Tu es venu me sauver...
Il continue son jeu de séduction, tout est prétexte à jouer, à se faire désirer, à provoquer le désir chez son partenaire et il sait exactement ce qu'il fait : je crève de le tuer, là tout de suite, personne n'en saurait rien, mais j'en serais incapable : il y a des armes bien plus puissante que la haine.
— On va où? Parviens-je à lui demander dans un effort surhumain.
Les effluves de sa peau parviennent jusqu'à mon odorat et mon corps entier se contracte, semble se paralyser comme sous l'effet d'un puissant poison.
— Ça a vraiment de l'importance? Roule, je te dirais quand t'arrêter.
Sa voix à la caresse du velours, chaque mot qu'il prononce est une symphonie extatique qui brise mes défenses une à une. Il est tous ce que j'aurais voulu être, il est tous ce que n'importe qui voudrait avoir, il est une créature fantastique, presque mythique.
— Est-ce que tu connais la différence entre l'amour et l'obsession? Et quelle est la différence entre l'obsession et le désir?
 Il s'applique à prononcer chaque mot, lentement, et ses questions s'insinuent à l'intérieur de ma boite crânienne et vienne chatouiller certaines zones de mon cortex cérébral, alors je nous imagine, nu, dans une étreinte violente et torride, j'imagine ce que ça pourrait être, je l'imagine en machine en fantasme, en dernière tentation, et si pouvoir accéder aux tréfonds de son corps pouvaient signifier la fin de l'humanité, je n'hésiterais pas un instant.
Je tourne la tête, il est endormi et pourtant il parait toujours aussi dangereux. J'approche ma main de ses cheveux  puis fait marche arrière, comme si je m'apprêtais à poser les doigts sur quelques reliques sacrées.
 La Cadillac continue sa course, vers nul part, vers partout, vers ailleurs, vers la fin du monde...
     

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