Si le dégout du monde suffisait à lui seul à conférer la sainteté, je vois pas comment je pourrais eviter la canonisation.
mardi 27 novembre 2012
Music For The Masses #8 -Les gens m'apellent l'idôle des jeunes (1) - Justin Bieber : Believe.
Je me rappelle encore la première fois que j'ai entendu parler de Justin Bieber, la première fois que j'ai vu Justin Bieber tout court d'ailleurs. C'était en plein après midi, il y a 2 ans, le ciel était bleu, le soleil brillait, rien ne laissait présager un tel drame; la télé était allumé sur MTV et c'était la première fois que je voyais son visage d'ado pré-pubère tête à claque alors que la grosse majorité de la planète nageait encore en pleine innocence. La première réflexion qui m'est venu à l'esprit en entendant "One Time" c'est "cette daube va se vendre par paquet de 100"... je devrais songer à me reconvertir en producteur parce qu'effectivement, quelques mois plus tard, Bieber vendait son album plus vite qu'un receleur intelligent écoulerait des photos dédicacées de Nicolas Sarkozy à un congrès UMP.
Depuis Bieber a grandit, il est passé de gosse à mèche à star de la pop prétentieuse/jouet sexuel de Usher, le clip de Baby est la vidéo YouTube la plus vue au monde (en passe d'être détrônée par le Gangnam Style de Psy...pas certain qu'on y gagne au change), une société opportuniste a créé une poupée gonflable à son effigie et depuis qu'il a 18 ans, on est beaucoup à pouvoir enfin avouer que, si on en a rien à foutre de ses chansons, on cracherait pas sur la possibilité de se la taper, sans passer pour des pervers sans morale...
Mais comme nous sommes ici pour la musique (pour les fakes porno du "chanteur", vous avez des doigts, cherchez bien sur le net) et avec son troisième album (si on compte l'inutile album de Noël) Justin affirme en quelque sorte son autorité et se dirige vers quelque chose qui lui correspond surement plus. Terminé les histoires de premier amour et d'innocence, le canadien à grandi et souhaite visiblement le faire savoir : c'est un peu le message envoyé avec Boyfriend, le premier single qui joue la carte de la sensualité, du lover produit par Usher... et c'est bien le problème.
Believe a un problème majeur, l'album est tiraillé entre deux styles complètement opposés : d'un côté la pop qui a lancé le garçon, de l'autre le RnB qu'il semble beaucoup plus apprécier perso, et c'est cette dernière tendance qui s'impose malheureusement.
Le RnB est un genre certes très populaire mais musicalement à chier la plupart du temps, ils sont rares les artistes à être parvenu à extraire quelque chose de potable de ce "rap pour clubber". Et Bieber est loin d'être un génie (enfin je devrais plutôt parler des mecs qui écrivent et composent ses chansons derrière) . Boyfriend est donc musicalement très pauvre mais vocalement c'est aussi très faible et on sent bien que le chanteur est en pleine mue, parce que ce n'est pas le seul titre sur lequel il prouvera que ses performances vocales sont très limitées (sur Take You par exemple, pas désagréable mais il devait probablement avoir une extinction de voix lors de l'enregistrement); on passera sur les paroles qui sont aussi assez ridicules : je sais bien qu'on attend pas de lui qu'il ponde du Baudelaire, mais un minimum de "maturité" n'a jamais fait de mal, on a pas forcément besoin de chanter l'amour comme si on avait 13 ans.
Le reste des titres RnB est tout aussi insupportable, mention spéciale à Right Here dans lequel l'ado pré-
pubère et son comparse de rappeur Ludacris se sentent obligé d'en faire des caisses.
Bieber s'en sort beaucoup mieux sur les titres dance/pop qui, sans révolutionner le monde, se révèlent plutôt efficaces. Sauf qu'à chaque fois, un petit truc vient enrayer la machine et c'est souvent l'irruption d'un ersatz de rappeur en plein milieu : All Around The World, As Long As You Love Me, Beauty And A Beat (avec l'infâme et effrayante Nicky Minaj dont les raisons du succès m'échappent encore) : c'est visiblement une structure musicale que je ne comprends pas mais c'est quand même se tirer une balle dans le pied.
Le reste de l'album est surtout composé de titres sans grand intérêt : Fall ressemble à du Jesse McCartney dans la mélodie (ce qui est loin d'être un compliment), Be Alright et Beleive sont des ballades chiantes en guise de conclusion.
Il y'a ensuite à boire et à manger (et un peu à vomir) sur les titres bonus. Love Me Like You Do a tout pour être imbuvable, entre les intonations de lover et sa mélodie très pauvre mais étrangement ce n'est pas si mauvais que ça, même si on retrouve encore une partie rappée en plein milieu, dont on se contrefout; Hey Girl et Out Of Town Girl rejoignent les limbes dans lesquelles végètent les morceaux qu'on oublie aussitôt; Fairytale accueille une guest star qui semble vouloir faire un concours du môme le plus tête à claque avec le canadien en la personne de Jayden Smith (qui va vite devenir aussi casse couille que son mauvais acteur de père); Maria remporte haut la main le prix du morceau de merde avec sa rythmique fabriquée à base de sons de vibreur de portable.
A l'inverse She Don't Like The Light est presque le meilleur titre de l'album finalement : un titre dance parfaitement assumé, efficace, tubesque, sans rappeur pour phagocyter le potentiel du morceau...même constat pour Just Like Them, même si pour ce titre il peut remercier les 90's (et il est pas le seul ces derniers temps à piller cette décennie) : si seulement Bieber restait dans ce registre, il deviendrait presque acceptable à mes yeux.
Justin est bel et bien parti vers des contrées moins juvéniles et souhaite monter qu'il a grandi et s'est émancipé. Son virage RnB n'est pas vraiment une surprise quand on a Usher comme mentor mais malheureusement il est beaucoup plus convainquant dans les titres dance, trop rares sur l'album. Il est surtout devenu un petit prétentieux et dans un univers où sa place est très disputée et où les artistes dans son genre ont une durée de vie très courte, je ne suis pas certain que le canadien ne finisse pas très vite pas lasser, même si le RnB est un genre qui a toujours le vent en poupe. Et quand on est obligé d'inventer une histoire fantaisiste de toute pièce pour lancer son nouveau clip, c'est déjà mauvais signe : l'avenir dira si j'ai (encore une fois) raison ou non.
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