Un petit rappel s'impose donc avant de parler de l'album plus en détail puisque la formation du groupe est assez particulier. Les 5 garçons sont issus de la saison 7 du X-Factor anglais (l'original, le vrai, le pur), le plus gros télé-crochet du pays, un show énorme à l'américaine qui ne ressemble en rien à nôtre version (qui est surement plus proche de celle des pays de l'est), un divertissement avec des moyens colossaux, capable de fédérer même les plus réticent grâce à son montage, une bonne dose de mise en scène (difficile de croire que certaines interventions des candidats ou du jury ne sont pas écrites tant c'est du gros n'importe quoi à certains moments) et des guests toujours plus prestigieux (les soeurs Minogue, Geri Halliwell, Nicole Scherzinger...). Pour résumer le principe des castings à ceux qui vivraient dans une grotte depuis les 10 dernières années, il se déroule en 3 étapes au bout desquelles 3 finalistes sont retenus dans chaque catégories pour les lives (Filles, Garçons, Groupes et + de 25 ans).
En arrivant aux castings, au départ, les cinq futurs membres du groupe ne se connaissaient absolument pas, ils auditionnent seuls et sont finalement recalés au bout de la 2e étape (le bootcamp). Mais Simon Cowell (créateur, producteur de l'émission et proxénète en chef de la télé-réalité anglaise) décide de leur faire une proposition qui peut sembler un peu bizarre pour nous mais qui est très courante dans le show : qu'ils s'associent tous les 5 pour former un groupe (un boys band, même si on peut contester le terme, tout dépend de la définition que l'on en a, c'est pas vraiment ce qui a le plus d'importance) qui s'appellera One Direction.
Emballé c'est pesé, les garçons acceptent, se hissent jusqu'aux primes et se payent le luxe d'échouer aux portes de la finale. Peu importe, ceux qui ont suivi l'émission se sont bien rendu compte que si Cowell est un peu fossoyeur sur les bords, il a réussi son coup : le groupe s'est déjà bâti une réputation et une popularité assez solide outre-manche pour que leur premier album soit attendu de pied ferme.
Un an plus tard, lorsque "What Makes You Beautiful" pointe enfin le bout de son nez sur le net, l'essai est transformé, le titre est conforme à ce qu'on pouvait attendre d'eux; mais, même si l'album s'est bien vendu, je dois avouer qu'il ne m'a pas enthousiasmé plus que ça et que je le trouve assez faiblard, surtout à cause d'un trop plein de titres trop éléctro, malgré des ballades plutôt convaincantes. Et il y a un autre facteur un peu chagrinant et que les fans n'ont pas manqué de remarquer : si Liam, Harry puis Zayn se taillent la part du lion sur l'album, les deux autres sont presque oubliés et font figure de choristes.
Après ce récapitulatif des épisodes précédents, on peut enfin passer aux choses sérieuses avec ce deuxième album, sorti il y a tout juste un mois et demi et introduit par un premier single logique. "Live While We're Young" est presque une copie conforme de "What Makes You Beaufitul", un titre pop-rock énergique, fun, enjoué, qui s'incruste facilement dans la mémoire et se fredonne presque immédiatement; le titre faisant presque office d'hymne pour le groupe, le choix était tout à fait logique et gagnant. Au delà de ça, le clip (qui montre le groupe s'amuser en vacances) est assez intéressant par les changements au sein du groupe qu'il révèle : qu'il s'agisse de la coupe de cheveux très courte de Liam (qui ne lui va pas tant que ça), de Zayn qui semble avoir affiné (et être le devenu le membre le plus cute du groupe), mais surtout de la discrétion du presque omniprésent Harry Styles, comme un rééquilibrage en réponse au premier album.
Après une entrée en matière réussie, il était logique que pour le second single le groupe propose quelque chose de différent; la ballade "Little Things" (écrite par Ed Sheeran, grand pote de Harry et auteur hors pair dans cet exercice) parvient à montrer la maturité (toute relative, comme toujours quand on parle de pop mainstream) du groupe dans un très joli titre tout en acoustic et sans verser (trop) dans la mièvrerie.
L'album se partage donc toujours entre gros tubes pop et ballades pour cœur de guimauves; "Kiss You" fait parti de la première catégorie et en est un fier représentant, c'est catchy, la mélodie pop est juste parfaite, ça devrait faire un futur gros single. "C'mon, C'mon" reprend le pari de l'éléctro dans la veine du premier album, à la différence qu'ici le groupe a su garder une base pop et que les deux se marient bien sans pour autant donner un vulgaire titre dance/pop; c'est le cas d'ailleurs de tous les titres similaires qui font le pari d'être un peu plus rythmé, avec en point d"orgue "I Would", écrit par les McFly. On se souvient que sur le premier effort, Tom Fletcher et ses camarades avaient déjà signé "I Want", un titre qui portait immédiatement la patte McFly et c'est justement ce qui posait problème : lorsque l'on écrit un titre pour un autre groupe (qui plus est s'il joue dans un registre quasi similaire au vôtre) il faut savoir l'adapter à l'identité du destinataire, hors avec "I Want" on avait un titre qu'on aurait clairement vu chanter par le groupe qui l'a écrit, pas une mauvaise chanson mais bien trop similaire pour pouvoir vraiment être apprécié à sa juste valeur. Avec "I Would" les 5 anglais évitent de réitérer la même erreur, et même plus que ça, prouvent qu'ils sont encore de très bons faiseurs de mélodies pop tant le titre est l'un des meilleur de l'album, rythmé sans oublié ses origines pop, et on en vient presque à se dire que s'ils voulaient naviguer du coté de quelque chose de plus éléctro avec leur dernier album, on aurait préféré qu'ils pondent des morceaux comme celui ci (mais ceci est un autre débat que l'on aura dans quelques mois).
On a quelques frayeurs quand débute "Rock Me", on se dit que les 1D vont nous pondre leur "We Will Rock You" et puis finalement le refrain parvient à effacer les doutes. On pourra faire la grimace lorsque Louis joue les fausset sur "Change My Mind" mais là encore, après quelques écoute, on finit par adhérer à cette autre jolie ballade, dont les chœurs finaux devraient faire leur effet en live.
Après ces 9 premiers titres, on traverse une espèce de ventre mou; non pas que les morceaux suivants soient mauvais mais ils semblent un cran en dessous du reste, à commencer par l'autre ballade de Ed Sheeran qui rate le coche cette fois ci et tombe dans les travers évoqué un peu avant : on imagine plus facilement Sheeran interpréter cette chanson plutôt que le groupe auquel elle ne convient pas vraiment. "Back For You" est un peu anecdotique et malheureusement "They Don't Know About us" remporte le prix du plus mauvais morceau à cause de ses paroles extrêmement clichés et d'un style hybride, le cul entre deux chaises, qui ne sait pas trop de quel côté pencher, plomber sur la fin par les envolées ridicules de Zayn : je ne sais pas qui a eu cette idée mais par pitié, trouvez les responsables et exécutez les.
La version basique de l'album se conclue par une ballade sympathique qui, si elle n'atteint pas les sommets de ses grandes sœurs reste dans une tradition assez curieuse de fin d'album bouclée par un titre mineur, récurent chez plusieurs groupes.
Ensuite, si tu es beaucoup plus fan que la plus fan de tes copines (et s'il te reste encore de l'argent après avoir été voir 5 fois le dernier Twilight), tu peux te payer la version deluxe nommée "Limited yearbook edition" et composée de 4 titres bonus qui valent la peine de débourser quelques euros en plus : 4 gros tubes pop qui s'incrustent dans les tympans et dans le cerveau avec un délicieux entêtement, 4 titres qu'on a envie de foutre en replay et de refredonner cet été... perso j'ai une petite préférence pour "Nobody Compares" mais ils sont tous les quatre de qualité AOC.
Maintenant si tu te demande si tu peux envier les japonais qui ont plus de titres bonus parce que les mangeurs de sushis aiment les bonus, la réponse est oui et non. Au départ, les trois bonus japonais m'en ont touché une sans bouger l'autre; et puis finalement, "Magic" concurrence bien les bonus européens tandis que "Truly, Madly, Deeply" et "Irresistible" (encore écrit par les McFly) sont de jolies ballades qu'on aurait bien vu à la place de certains morceaux moyens de la fin de l'album simple.
Bilan des courses : les One Direction frappent enfin un grand coup et pondent un album pop digne de ce nom après le (un peu) décevant Up All Night. Certes, l'album n'est pas exempt de faiblesses et certains titres sont bien meilleurs que d'autres mais dans l'ensemble, Take Me Home est un album vraiment réjouissant, qui se réécoute en boucle sans lasser et évite l'écueil de venir fricoter avec la dance. Le groupe a compris qu'on leur demandait d'être un groupe de pop et embrasse le genre à pleine mains. Si certains les ont comparés aux Backstreet Boys ou aux N'Sync, c'est plutôt vers un autre "groupe de garçons" que je ferais la comparaison, bien plus proche géographiquement. Les One Direction sonnent par ci par là comme Busted, si le groupe de James Bourne n'avait pas splitté et avait survécu jusqu'en 2012. C'est un gros compliment venant de ma bouche, sachant le respect que j'ai encore pour Busted.
On sait que l'Angleterre a un gros passif pop et je ne parle seulement des Beatles mais au niveau d'une période plus contemporaine, c'est quand même le pays qui a enfanté Busted au début des années 2000 puis McFly, qui conserve le trône de la pop mainstream anglaise depuis presque 10 ans; aujourd'hui, les McFly ont grandis, ils approchent tranquillement de la trentaine, leurs fans aussi ont grandi et même s'ils squattent toujours les podiums ou le top 10 des charts, on sent bien que l'émulation des débuts est retombée. Bien sûr, Tom Fletcher et ses potes ont encore de bons restes mais après 5 albums dont un dernier qui s'est un peu égaré, peut être y'a t'il une place à prendre et les 1D sont bien placés pour jouer les héritiers... Pour pouvoir répondre avec certitude, il faudra attendre le prochain album de The Wanted en mars puis celui des McFly cet été, alors on pourra faire le bilan.






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