mardi 15 mars 2011

DOA : The Third and...the third report - Can I Have Sexual Relationship With You ?



A peine le temps de se remettre de l'hiver précoce qui s'était abattu sur la France pour ramener la question du réchauffement climatique à table, qu'il fallait déjà supporter les horribles et habituelles fêtes de fin d'année. Comme visiblement mes traitres d'amis avaient tous envie de faire ça en famille et étaient trop pauvre pour payer le resto, il a bien fallu que je fasse la même chose, aucune âme charitable n'ayant eu l'intention de me sauver de cet horrible fresque surréaliste que constitue Noël en famille.
La neige qui avait recouvert le pays pendant tous le mois de novembre avait fondu, laissant les citadins redécouvrir le bitume grisailleux qu'ils côtoyaient depuis leur naissance, mon humeur prenait la même teinte.
J'aime beaucoup l'hiver, j'aime beaucoup le froid, comme les mômes. Il n'y a que les vieux qui n'aime pas ça et qui se plaignent si la température descend en dessous de 15° même en plein hiver. C'est beau une ville enneigée. Je me rendais compte que j'en étais venu à oublier presque à quoi ça ressemblait, il ne neigeait plus depuis des lustres, et maintenant il tombe plusieurs centimètres sous -10° et je ne cessais d'être émerveillé, de redécouvrir à quoi ressemblait les plaines blanches qui s'étendaient à perte de vue.
Benway aussi aime beaucoup l'hiver mais pour d'autres raisons, plus pratique : "L'hiver c'est un concept Darwinien, seul les plus forts survivent au froid, ça permet de tuer les SDF et les vieux, on va quand même pas se plaindre".
Aussi cruel que ça puisse paraitre, il n'avait pas totalement tort... comme d'habitude.

Benway, lui, parait faire une virée chez sa tante Kathy, une pharmacienne chez qui il venait s'approvisionner lorsque son médecin traitant était indisponible (ou en vacance, ou en grève, "ou en train de sauter sa secrétaire pendant que sa femme fait du patchwork avec d'autres grognasses déjà vieilles à 40 ans "). En pesant le pour et le contre, je décidais finalement de partir avec Benway dans le Pas-De-Calais, parce que même si on partait pour le grand nord (français), région sauvage et reculé qui a inspiré Wes Craven pour son film "La colline a des yeux", je préférait encore me farcir les adorateur de Danny Boon et Kad Merad que ma sacro-sainte famille réunie pour honorer la naissance du petit jésus : je vous laisse la dinde, je prend le maroual pour une fois (même si j'ai longtemps hésité quand même).
Départ donc en début de matinée, dans la brume hivernale et un froid tout relatif. La voiture de Benway (une Cadillac de location) sentait très fort les pieds, jusqu'à ce que Benway ouvre son coffre et me montre un stock de maroual de quoi faire passer des Éthiopiens pour des Normands.
 — C'est au cas où; tu sais on part dans le Nord, les gens ne sont pas civilisé là-bas, ils vivent encore dans des mines, pratiquent le cannibalisme et le sacrifice humain, on sait jamais ce qui peut arriver, j'ai pris de quoi les apprivoiser.
J'hésitai entre le rire et la peur, je craignais que Benway ne rigole qu'à moitié, je gardais des souvenirs terrifiants de "Bienvenue chez les ch'tis". Devant ma mine décomposée, il tenta une nouvelle fois de me rassurer en me montrant le stock d'armes entreposées sur la banquette arrière : fusils de chasse, haches, arbalètes, arcs, bombes lacrymogènes... et bières, flacons d'éther, buvard d'acides dans la boite à gants, le parfait attirail du psychopathe ascendant Marc Dutroux ou du journaliste dont le métier devient plus difficile chaque jours.
— Tu vois, t'as pas à t'en faire, on est armé jusqu'au dent, le premier qui a le malheur de dire "Hein Billoute", je l'envoie ad-pâtres rejoindre les siens en enfer... j'ai aussi pris de l'eau bénite au cas où mais je sais pas si ça marche si on a rien à foutre de Dieu.
— A défaut tu leur pissera dessus, ça les exorcisera. Autre merveilles cachées ou on peut y aller ?
 Le voyage vers notre dangereuse destination dura presque 4 heures, 4 heures à entendre Benway à moitié divaguer, et inventer les hypothèses les plus débiles sur les habitants de cette région reculée, allant d'un culte satanique voué au corps ressuscité d'Hitler, jusqu'à l'existence d'un dieu choucroute géante; je dû prendre le volant lorsqu'il se mit à prendre un auto-stoppeur pour Bruno Gollnisch et à vouloir buter l'un des suppôts de l'antéchrist une fois pour toute.
Aider par le GPS dont la voix ressemblait à celle de René la Taupe version dépressive, on finit par atterrir tant bien que mal à Henin -Baumont, après avoir côtoyé des forêts inquiétantes, des petites routes surplombant des ravins et des petits villages déserts au milieu desquels j'étais persuadé d'entrevoir des visages nous espionner derrière les rideaux aux motifs de svastika ou de pentacles : je finis par mettre ça sur le compte de la paranoïa contagieuse de ce bon docteur, planqué sur la banquette arrière, un arc de compétition à la main.
Le GPS rendît l'âme 25 kilomètre avant notre point d'arrivé après avoir reçu du gros calibre en pleine face, René La Taupe expira dans un râle de cyborg en fin de vie glaçant, Benway hurlait qu'il venait d'entendre ce satané engin déclarer "En 2012, votez à droite", et continua à vociférer toutes les insultes qu'il connaissait (dont certaines qui n'étaient plus utilisé depuis le Moyen-Age) pendant que j'essayais de lui arracher tant bien que mal quelques malheureuses indications sur la direction à prendre mais en vain, Benway était entré dans un crise de délirium paranoïaque tendance 39-45 assez intense.
— Je n'ai pas servi mon pays pendant la Seconde Guerre Mondiale, défendu les valeurs de ma patrie et caché des juifs dans ma buanderie pour qu'en 2012 ces fachistes néo-nazis prennent le pouvoir, jamais de la vie, c'est une honte, vous devriez avoir honte, oui vous, même toi au volant qui tente de m'entrainer dans ce piège extrémiste. Je préfère la mort à la collaboration!!!
— Tu n'étais même pas né à cette période, tous ce que tu connais de la guerre, c'est ce que t'en a appris dans les livres d'Histoire et si je me souviens bien, tu m'as dit que t'étais une merde dans cette matière, alors ta gueule, j'essaye de réfléchir et d'éviter de nous perdre au milieu d'un village de mutants consanguins cannibales, d'accord : si tu veux m'aider, dis moi par où habite ta putain de tante, et lâche cette bouteille d'éther tout de suite où je te sacrifie pour sauver ma peau!
— Aaaaaaaah, tu révèle enfin ton vrai visage, disciple du malin, tu donnerais ce bon docteur à bouffer à ces cinglés si ça pouvait t'éviter de te faire mordre la peau de ton petit cul de journaliste collabo, je le savais, je l'ai toujours su qu'on ne pouvait pas te faire confiance, traitre!!!!
La joute verbale fût presque continuelle, j'allumais la radio mais je ne captais qu'une station locale, FN-Station sur 66.6, et ne réussis qu'à entendre des chants partisans d'un gout douteux ("Bleu, Blanc, Rouge, les couleurs de la France, pour elle je la donnerais ma vie", c'est un peu extrême tout ça, mais quand même un poil comique dans son ridicule radical...) et quand enfin je captais de la musique, Claude Barzotti chantait "Où est passé Paris ? C'est casa Djibouti.Y'a plus que des métèques[...], vous engrossez nos filles, et faites des bâtards", une chanson extraite d'une comédie musicale : je ne savais pas que Le Pen se mettait aussi au spectacle, je préférais encore les insultes colorées du docteur.

Les seuls personnes que je croisai furent quelques vieux personnes en fin de vie personnes âgées qui nous regardèrent d'un air suspicieux et louche, peut être à cause de Benway planqué à l'arrière la main sur le fusil de chasse ou peut être est-ce parce qu'ils voulaient nous dévorer, je ne le saurais jamais, je n'ai pas cherché à leur demander ouvertement...et Benway était plutôt d'humeur à tuer d'abord et poser les questions ensuite.
Finalement en passant à coté d'un attroupement devant la salle des fêtes Philippe Pétain, Benway poussa un cri d'exclamation rappelant fortement Bernadette Soubirou voyant la vierge lui apparaitre : il sortit précipitamment de la voiture pour aller se jeter dans les bras d'une vieille femme en guenille chopé dans les dons de vêtements pour la croix-rouge : on avait trouvé sa tante... et je crois que je commençais à le regretter, mon instinct de journaliste émérite coutumier des emmerdes s'agitait comme le sixième sens de Peter Parker (bientôt en reboot au ciné, exit le bovin sous Tranxène Teubé Tobey McGuire, welcome Andrew Garfield bien plus intéressant en spandex bleu et rouge... ce commentaire inutile vous est offert par nos sponsor Mad Movies, le seul magazine qui trouve que The Lovely Bones est le meilleur film de 2010, ce qui revient à dire que le fond d'écran par défaut de Windows 98 est magnifique et émouvant : désir d'endives, désir de mourir [fin de l'apparté gratuite] ).
J'allai garer notre Cadillac de fortune à coté de ce qui ressemblait à un corbillard et allai retrouver Benway et sa tante qui me jaugea du même air que les vieux qu'on avait croisé quelques minutes avant et que le reste de cette assemblée semblant approcher une moyenne d'âge de vieillard réac, même les plus jeunes.
 — Tata, je vais pas avoir assez de médoc pour passer l'hiver alors comme mon médecin est encore en train de participer à la hausse de la natalité en France (contrebalancée par les époux Courjeaut et leurs descendants), tu es la seule qui puisse me sauver : si je suis en rupture de stock, j'ai peur de ne pas passer cet hiver rude, tu connais ma santé frangile tantine.
Je me sentais un peu comme le mec qui arrive costumé à une fête traditionnelle, un peu intrus, un peu seul et un peu menacé par la population locale.
— Lui c'est mon collègue journaliste, il lui manque quelques cases mais il est cool et intègre, ça se fait rare dans ce métier.
— On parlera de tout ça après, mais accompagner-nous donc tous les deux, on fête un départ et une victoire prochaine, puisque vous êtes journaliste vous pourrez peut être parler de cet événement dans votre journal.
Benway avait retrouvé son état (presque) normal il semblait et il fallait que je les suive là-dedans, dans ce lieu qui ne m'inspirait pas confiance; j'essayais tant bien que mal de trouver le point commun entre le Nord, Hennin-Baumont et ce bon vieux Maréchal, la solution était à portée de main et pourtant, un sort invisible m'empêchait de résoudre ce mystère.
 Nous nous installâmes tous les trois au premier rang, sur des chaises pliantes très inconfortable, encore plus pour qui vient de passer quatre heures assis dans une automobile qui sentait le fromage.
— Tu sais de qui elle parlait ? Demandais-je à Benway.
— Non, mais je suppose que ça doit être un élu locaux qui a fait beaucoup pour la commune, ou bien je sais pas moi, la seule femme tronc de la ville.
— Tu sens pas une odeur de gaz ?
Benway renifla bruyamment, s'attirant les regards noirs d'un couple de retraités juste derrière.
— Non, je dirais que ça sent le souffre.
Le regard que le Docteur m'adressa se répercuta au mien et une angoisse sourde et rampante grimpait lentement le long de ma colonne vertébrale. Un animateur, aussi vieux que le reste de l'assemblée, entièrement vêtu d'un costume sur lequel était fièrement arboré ses décorations de guerre, apparu sur le podium.
— Mesdames et messieurs, chers habitants de Hennin-Baumont, chers défenseurs des valeurs chères à notre nation, je vous remercie d'être venu si nombreux pour entendre le discours de Noël de notre légende à tous, un discours qui sera aussi celui d'un au-revoir puisqu'il nous quittera au milieu du mois prochain et cédera la succession pour superviser les opérations en coulisse et enfin sauver notre pays en 2012. Je vous demande d'accueillir chaleureusement celui pour qui les couleurs bleu, blanc et rouge sont celles qu'il a juré de défendre, monsieur
JEAN MARIE LE PEN!!!!!!
Ce fût un cri d'horreur qui s'échappa de notre gorge à tous deux et de celui de l'animateur, un cri de terreur qui se perdit dans le brouhaha des animations pendant que l'homme à l'oeil de verre montait sur scène tel le gourou d'une secte.
Benway, tu m'avais pas dit que ta tante était FN.
— Ça fait longtemps que je ne l'ai pas vu, la dernière fois elle avait pas encore viré totalement à droite.
— Pédophiles, chômeurs, consanguins et racistes en plus, c'est un cauchemar, un véritable cauchemar, le pire Noël de ma triste vie, merci beaucoup Docteur.
— J'y suis pour rien moi, on a qu'à se barrer discrètement.
— Explique moi comment on arrivera à s'échapper discrètement devant un milliers de personnes vouée corps et âmes au patriotisme par la discrimination, ils sont pas civilisé ces gens-là, s'ils nous remarquent on est foutu, ils vont nous gazer.
— Ooooooooh, je veux pas mourir dans l'antre du démon, pitié, je suis prêt à croire en Jésus christ, en n'importe quoi, en Raël...
— Du calme, du calme, restons calme, réfléchissons... on va rester jusqu'à la fin de la convention et on essayera de se casser sans se faire remarquer après.
Mon portable se mit à vibrer et je décrochais rapidement, croyant ma dernière heure venue pour avoir osé troubler la cérémonie.
— Monsieur, c'est Jeannine à l'appareil.
Jeannine ce n'est pas le moment, l'instant est critique, vous allez nous faire tuer, raccrochez et ne rappeler pas, je vous passerais un coup de fil quand nous serons en sécurité.
— Mais Monsieur j'ai un message urgent à vous faire parvenir.
— Plus urgent que notre survie ? Je ne pense pas! Faites ce que je vous dit Jeannine ou en rentrant je découpe votre corps et je le donne à bouffer aux lions.
— Vous vous croyez encore en Afrique du Sud ? Vous allez les trouver où vos lions, à Neuilly ?
Jeannine je vais vous buter je le jure, et arrêter de m'appeler monsieur merde !!!
— Ce que vous êtes susceptible. Bon d'accord mais si on m'appelle je leur dirais que c'est de votre faute si je n'ai pas encore transmis le message.
Elle raccrocha et je rangeais calmement mon portable dans la poche de ma veste.
Notre inquiétude atteignit un niveau critique après que Jean Marie fut rejoint par sa fille et son bras droit/fidèle serviteur/laquais Bruno Gollnisch.
— C'est foutu, la diabolique trinité est réunie pour régner sur le monde dans la haine de son prochain, on est finie.
— Pas de défaitisme, on va s'en sortir.
Après une demi-heure d'un discours très travaille-famille-patrie, tous les convives étaient invités dans la salle de banquet à venir se régaler.
— Ils vont nous bouffer, ah y est!!
—  Raconte pas de connerie, ils n'ont même pas porté la moindre attention à notre duo, ils doivent déjà avoir quelques immigrés de stocké dans une chambre froide.
Sur des tables alignées et recouverte d'une nappe aussi blanche que les valeurs du FN, des plats de choucroutes avaient été disposés dans lesquels les hooligans affamés venaient se servir. Benway s'approcha pour se servir mais je le retint :
— Malheureux, va savoir ce qu'il y a à l'intérieur, ils sont fourbes, c'est une techniques pour te rallier à leur cause, de la propagande alimentaire.
— Genre la transsubstantiation ?
— Heuuuuu, je sais pas, si tu veux, on s'en fout, on se casse.
Pendant que tous les adeptes se crevaient la panse de choux fermenté au vin blanc (Pour 4 personnes, 650g de choux... oups excusez moi je m'égare), nous nous éclipsâmes en douce par la sortie de secours pour ne pas alerter les gardes à l'entrée et nous crûment en sécurité seulement une fois dans la voiture.
J'enclenchais le contact et emboutit le rétroviseur du corbillard à coté, reculant précipitamment pour nous sortir de cette réunion de demeurés racistes.
 — Arrête toi, y a quelqu'un derrière le véhicule qui nous fait des signes!
— C'est qui ?
— C'est Manuel Valls!
— Hein, qui ça !?
Manuel Valls, un meuble décoratif au PS .
— Mais qu'est ce qu'il fait là ?
— Ah ben ça c'est la question que tout le monde se pose en politique, on a toujours pas de réponse.
— Il veut quoi ?
Benway entrouvrit la fenêtre pour entendre Manuel Valls.
— Pardon, j'ai vu Arbeit Macht Frei d'inscrit sur une bannière alors je me suis dirigé par là, pensez-vous "Le travail rend libre" c'est mon slogan pour 2012...
Nous regardâmes le pauvre garçon avec des yeux complétement sidérés.
— Je milite pour l'abolition des 35 heures, je milite pour que les français puisse travailler autant qu'ils veulent, 26 heures par jours s'ils le veulent...
Nous nous regardâmes sans trop savoir quoi dire.
— Mon cher Docteur, vous pensez qu'il s'agit d'une hallucination causé par notre trop excessive consommation de substance illicite ?
 — J'en ai encore jamais eu d'aussi terrifiantes et d'aussi absurdes mais ensemble, tout devient possible, tu te rappelle.
— Moui... dans le doute, on l'écrase ?
— Je ne vois pas d'autre solution pour le bien de la France... et je doute fort que qui que ce soit s'en soucie.
J'enclenchai la troisième et appuyait sur la pédale d'accélérateur : les roues de la Cadillac émirent un craquement délectable en roulant sur Manuel Valls et nous quittions ce lieu maudit.

En quittant le département du Pas-De-Calais, nous retrouvâmes enfin les nouvelles du monde semi(?) civilisé qui est le nôtre, une révolution était en cours en Tunisie, le peuple se révoltait violemment contre son président, Ben Ali, qui s'accrochait à son trône comme un morback aux poils pubiens d'une pute portugaise (un peu comme Laurent Gbagbo); le peuple bravait la censure et la mort, allant jusqu'à s'immoler publiquement pour exprimer le mal être qu'ils ressentaient.
 A travers le ciel grisâtre hivernal, quelques rayons de soleil perçaient, je retrouvais l'espoir soudainement, tout n'était donc pas perdu, les gens avaient encore la volonté de se battre et de ne plus subir et la révolution était venue du sud, de pays qu'ont s'est évertué à décrire comme des sources des cellules terroristes, sources d'immigrants ou destinations touristiques prisées, des pays qui aujourd'hui nous filait une bonne baffe et une bonne leçon de démocratie. Si tout cela pouvait donner des idées en France, peut être le pays n'est-il pas complétement perdu.
Je décidai de rappeler Jeannine maintenant que tout danger était écarté.
— Qu'y avait-il donc de si important pour que vous vous accrochiez au téléphone au point de risquer notre vie.
— Un monsieur a appelé et a laissé un message très urgent pour le Docteur.
— Qui ? Si c'est un membre de sa famille, laissez tomber, après avoir vu sa tante, je n'ai plus envie d'entendre parler des autres.
— Il n'a rien spécifié mais je doute qu'il s'agisse d'affaires familiale, le message dit "Le Kremlin est plein, si tu veux trinquer à la vodka, c'est maintenant ou jamais".
Le haut-parleur du portable était activé de manière à ce que Benway profite pleinement de la conversation et je l'avais rarement vu aussi enthousiaste à l'écoute d'un message qui ne voulait rien dire.
— C'est un de mes contacts en Russie, et bonne nouvelle, ce message signifie qu'il a du stock en carburant chimiques, et qu'il me sauve donc la vie.
— Depuis quand t'as des contacts en Russie ?
— J'étais le gynécologue personnel de la femme de Vladimir Poutine mais j'ai fini par arrêter après avoir reçu des menaces du KGB qui n'appréciait pas trop que j'aille farfouiller dans le fondement de l'épouse de leur président.
— Et tu crois que c'est raisonnable d'aller là-bas après cet incident ?
— Bah, c'était il y a plusieurs années, il y a prescription... et puis c'est Medvedev le président maintenant, et lui je n'ai pas été mettre une lampe torche dans la chatte de sa femme.
Le temps de réserver les places d'avion, nous avions le temps d'assister, à travers le merveilleux petit écran, aux mondiaux de patinage : Benway fantasmait sur les patineuses depuis Holiday On Ice et moi, je m'étais bien marrer grâce à la théorie du patinage viril de Brian Joubert et sa requête sur la note artistique inutile. D'ailleurs on ne sait toujours pas à quoi ressemble du "patinage viril" parce que bon au niveau virilité, Brian n'est pas non plus sur la première marche du podium : faudrait peut-être demandé à Eric Zemmour, expert es-masculinité s'il a une idée. Et puis bon, les mots "patinage" et "virilité" ne vont pas très bien ensemble de toute manière. De virilité, il en a aussi été question avec le jeune gagnant français qui a raflé la première place, moins connu que Brian, Florent Amodio, que l'on découvrait en train de se dandiner sur la glace, et qui visiblement assume beaucoup plus que son confrère.
Parce que l'autre question que tout le monde (enfin, surtout les spectateurs de "l'immeuble d'en face") se posait, c'était de savoir si Brian Joubert était ce qu'on appelle un "gay refoulé" faute d'autre terme plus élogieux, soit un gay qui ne s'assume pas, théorie plutôt plaisante soutenue par les déclarations de son ex-petite amie (Miss France de son état) Laetita Bléger qui avait déclaré à l'époque que Brian n'était sorti avec elle que pour faire croire qu'il était hétéro ; ajoutez à cela la sur-protection de sa môman et l'explication très répandu qui veut que lorsque l'on commence à avoir des problèmes avec la sexualité de ses collègues c'est surtout avec la sienne qu'on en a, vous obtenez les ingrédients nécessaires pour conclure que notre cher Brian a tout simplement pris un aller simple pour le pays de la saucisse mais qu'il aurait préféré les fruits de mer si on lui avait laissé le choix : bah, si ça peut l'aider dans sa vie ce pauvre garçon, je viens me dévouer pour aller l'enculer, d'autant que la patinage visiblement ça muscle bien les fesses (et on avouera que Brian est bien plus attirant en slip et polo Lacoste).

Fin ce cette aparté sportive, froide (et un peu gay), direction le pays du communisme, de la vodka et de Staline.
Oubliez tout ce que vous avez vu de ce pays, Moscou est bien plus jolie que les patelins reculés de Sibérie qu'on vous montre dans les films; le seul problème étant que les Russes sont des grosses feignasses qui ne connaissent aucune autre langues à part la leur.
A l'aéroport, une grosse femme nous attendait, en criant nos noms dans la foule : elle nous enserra de ses gros bras potelés comme si elle nous connaissait et ne nous avait pas vu depuis 15 ans.
— Je m'appelle Vania, je suis une grande amie de Vlad, nous expliqua t-elle avec un fort accent cosaque et des vapeurs d'alcool à 90° qui imprégnaient son haleine, il aurait bien voulu vous accueillir lui même mais il a eu quelques petits problèmes : quelqu'un l'a dénoncé à cause de sa distillerie clandestine et des agents du gouvernements ont découvert notre emplacement. Dieu merci, il ne s'agissait que d'une annexe mais ils continuent de fouiller la ville et de chercher Vladimir, nous avons dû nous cacher.
En voyant les palais colorés défilés par la fenêtre du véhicule, je me serais presque cru à Disneyland, je n'étais pas trop dépaysé, pas non plus par les paysages froids et enneigés, il faisait le même temps en France 6 mois sur 12. Trois jeunes femmes habillées comme si elles s'apprêtaient à aller ensemble sur la côte d'Azur en pleine été alpaguaient les automobilistes sur le bord de la route, sac à main rose au bras.
— Et elles, c'est quoi leur boulot ?
— Ah elles, ce sont des filles de joies, des putes, c'est comme ça que vous les appelez par chez vous je crois.
Certaines choses étaient récurrentes, quelque soit le pays où vous vous trouviez, c'était rassurant quelque part. Faut me comprendre, la seule vision que j'avais de la Russie, c'est celle donné par Hostel (Bon ok, Hostel se déroule pas vraiment en Russie mais c'est les pays limitrophes, c'est la même chose,tous ces pays qui finissent par -ie, Hongrie, Moldavie, Lituanie, Italie... on doit bien aussi pratiquer le trafic d'organes et d'êtres humains en Russie), "My Joy" et les pornos en provenance des pays de l'est que je matais souvent il fût un temps (et que je mate encore de temps à autre, mais les acteurs de l'Europe de l'est ont tendance à tous se ressembler et donc à lasser sur le long terme, sauf cas exceptionnels, cas très exceptionnels même parfois). Je me demandais donc si la rumeur était vraie, celle qui veut que les prostitué(e)s de l'est acceptent de niquer pour le prix d'un Cornetto (ou de tout autre marque de glace, si vous préférez Carte D'or, y'a aucun problème), mais je ne lui posais pas la question, nous longions des forêts dépouillées (Toungouska me revenait en mémoire, X-Files forever), je m'attendait à voir sortir des bois un maniaque armé d'une tronçonneuse (ou tout autre arme lourde de plus de 30 kilos).
Nous nous arrêtâmes devant un bâtiment marqué "Bains publics", ça c'était quelque chose que nous n'avions pas en France, on avait bien des hammams ou des saunas (pour une sodomie à 40°) mais c'était loin d'être des institutions publiques.
Vladimir vous attend à l'intérieur.
Benway était déjà entrer sans poser plus de question, je le suivis.
— Attends, ton contact poursuivi par le KGB a trouvé refuge dans un bain public, c'est une blague.
— Fais pas ta mijoré, tu vas pouvoir expérimenter les coutumes locales et nationales, en tant que journaliste ascendant Jean Pierre Pernaut tu devrais être ravis.
 — Je suis moyennement chaud pour aller rejoindre un de tes fournisseur à moitié à poil dans un sauna Russe, et pourtant Dieu sait qu'après toutes les pornos que j'ai vu, c'était un de mes fantasmes mais j'aurais préféré resté en Europe, et plus à l'ouest tu vois.
— Soit tu me suis, soit tu reste à l'entrée avec Vania.
— Il est hors de question que je reste sur la touche avec une femme de plus de 100 kilos qui porte le nom d'une marque de serviette hygiénique.
Tenue correcte exigée pour entrer dans ce club très select et humide : une serviette de coton autour de la taille. L'atmosphère était aussi moite que dans un bar transsexuel thaïlandais (et ce même si je ne suis jamais rentré dans un bar transsexuel thaïlandais), de chaque coté de nous des hommes gras barbotaient dans l'eau en parlant bruyamment et avec un fort accent cosaq , leur bedaine flottant au milieu de l'eau chaude et des bulles.
  Vladimir nous attendait au bout de ce couloir tropical qui sentait le stupre et la transpiration (un avant-gout du prochain parfum de Lady Gaga ?), lui aussi baignant dans une eau brulante avec deux autres monsieur mal rasés et corpulents qui nous regardaient comme deux intrus ayant interrompu une petite sauterie privée.
Benway, mon ami, je t'attendait. Joignez vous à nous tous les deux.
— Sans façon, Vlad, je suis allergique à l'eau chaude, c'est pour ça que je ne me lave jamais, tu sais bien.
Une bouteille de vodka et des verres à moitié pleins étaient disposés autour du bain, de même que des petites coupelles sur lesquelles étaient étalé du caviar : l'odeur de l'alcool et du poisson se mêlaient à celle de la sudation  dans un bloubi-boulga odorifère écœurant.
— Tu as ce que je t'ai demandé ?
— Oui!! Mais rien ne presse, prends un peu de bon temps, reste avec nous, ça fait longtemps que je ne t'ai pas vu et tu as mauvaise mine, tu as l'air fatigué.
— Je suis pressé, le métier de journaliste tu sais, c'est très compliqué et imprévisible, d'un bout à l'autre du monde dans la même journée parfois...et puis la dernière fois qu'on s'est vu, tu as essayé de me mettre tes magouilles sur le dos et j'ai failli finir en taule en Sibérie.
— Un simple malentendu camarade...
Soudain une voix aigüe résonna dans tous l'établissement, en se rapprochant progressivement de nous à la vitesse d'un TGV, une voix qui me semblait familière : Vania approchait rapidement, en courant, tel Godzilla affamé chassant pour remplir son estomac, en criant le nom de Vladimir. Lancé comme une balle de Kalashnikov, elle ne put s'arrêter au bon moment et tomba dans le bain en éclaboussant tous les clients situés à moins de 10 mètres de l'endroit.
Elle émergea de l'eau trouble comme une baleine au moment des amours; derrière elle, le gérant de l'établissement arrivait essoufflé en essayant de crier que cet endroit était réservé à une clientèle masculine, et ce même si on pouvait facilement la confondre à cause de sa moustache et ses épaules de lutteur hongrois.
— Ils arrivent... essaya t-elle d'articuler en tentant de ne pas couler au milieu des trois hommes qui la regardaient d'un air incongru.
— Qui arrive ? Demanda Vladimir.
— Le KGB !!!!
Le mot avait à peine été lâché, les trois bedaines proéminentes quittèrent la bassin en vitesse et trois gros cosaques complètement nu se mirent à courir dans les couloirs de l'établissement, sous le regard médusé (et un peu effrayé) du gérant et des autres clients, pendant que nous restions sur place Benway et moi en se demandant quel attitude adopter.
 Je savais bien que c'était une mauvaise idée d'aller en Russie chercher des substances illicites et encore plus de rentrer dans des "Bains Publics".
— On fait quoi ? On s'enfuit en courant ou on reste en essayant de prier pour qu'on ne nous embarque pas.
— Vu notre taux de chance conjugué, je suis d'avis qu'on ne tente pas le diable.
Dieu merci, Benway était dans une période sensé et réfléchi, c'était déjà ça de gagner.
— Tu crois que c'est comment les prisons Russes ?
— Je pense que ça doit pas être très éloigné des prisons Turques...
Nul besoin d'en dire plus pour nous voir nous aussi détaler comme des lapins, en tenant chacun notre serviette pour éviter d'être en plus inculpé d'exhibitionnisme. Nos vêtements étaient au vestiaire, pas le temps d'y passer, nous volâmes des vêtements trouvés sur le chemin, bien trop grand mais on s'en contenterait.
En plein milieu d'une allée, je bousculai un homme qui chancela et termina sa course dans le bain à sa droite;
— Excusez-moi Monsieur, ça va ?
Sa tête émergea de l'eau, il s'agissait de Manuel Valls qui me redemanda ce que je pensais de l'annulation des 35 heures.
— Merde, mais on l'avait pas écrasé ce con ? Me demanda Benway
— Si mes souvenirs sont bons, il me semble avoir entendu ses os craquer lorsqu'on lui a roulé dessus.
— Mais il est increvable !!!!
— Bah tu sais les cons c'est difficile de s'en débarrasser, c'est bien connu alors un politicien con, ça doit être encore plus tenace.
— C'est peut être un zombie, revenu d'entre les morts pour remettre en question les 35 heures.
— Dis pas n'importe quoi, il a l'air tout à fait humain encore, c'est juste un pauvre con.
— On fait quoi, on réessaye ?
— On a pas le choix, ce serait criminel de le laisser dire des conneries pareilles.
J'appuyais sur la tête de Manuel Valls jusqu'à ce qu'il ne se débatte plus, et nous reprîment notre fuite, sans être certain qu'il soit vraiment hors d'état de nuire mais en l'espérant de tout cœur.
On finit par sortir sain et sauf, et même à choper un taxi : il nous fallu une demi-heure pour lui faire comprendre que nous voulions aller à l'aéroport, il faut croire que nous mimions très mal l'avion.
— Moscou doit être une ville très sympathique quand on ne se retrouve pas coincé dans un hammam...
— On s'en est sorti, faut croire qu'on est pas si malchanceux que ça.
— Parle pas trop vite, on est pas encore rentré en France.
 En tournant machinalement la tête, mon regard rencontra celui troublé d'un homme portant une valise, un regard dur et fuyant, un regard que mon expérience de journaliste avait déjà rencontré avant.
Benway, j'ai un mauvais pressentiment, si on se couchait à terre ?
Ce bon docteur me regarda avec l'envie de me demander la raison d'une demande aussi étrange que soudaine mais il s'abstint et se coucha à Terre le premier alors que les voyageurs de l'aéroport nous observaient avec curiosité. Un agent de la sécurité s'approchait lentement de nous... une détonation retentit suivit d'un vacarme de cris et de métal, cela dura une minute tout au plus, une minute pendant laquelle nous étions face contre terre, les main au dessus pour nous protéger d'une catastrophe dont nous ne percevions que le son.
Lorsque nous ouvrîment les yeux, des dizaines de personnes étaient allongées, des taches écarlates mouchetaient le sol et les murs, l'aéroport était plongé dans le chaos et l'incompréhension, nous aussi : un kamikaze venait de se faire exploser en plein milieu de la foule, sa valise contenait une bombe et 5 kilos de férailles pour faire plus de dégâts lors de la déflagration, il y avait des blessés critiques autour desquels rescapés lambda et unité médicale d'urgence se pressait, nous étions sain et sauf.
Benway observa le triste spectacle et me lança : NASDROVIA !!!

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