mardi 14 septembre 2010

Constant Shallowness Leads To Evil [2] - Scatology (1984)



Après ce petit aperçu qu'a été "How To Destroy Angels", Coil compose son premier véritable album, et une fois n'est pas coutume, le titre est plutôt évocateur : Scatology.
Scatology comme la pratique sexuelle du même nom mais aussi en référence à un concept central de l'alchimie : la transformation du plomb en or, d'une matière pauvre en un métal riche, de la merde vers le diamant. Une double signification très représentative de l'album, autant marqué par les références sexuelles (anciens adeptes du Temple Ov Psychick Youth (TOPY) de Genesis P-Orridge, Christopherson et Balance en ont gardé un gout immodéré pour le sexe, par seulement en tant que loisir ou pulsion animale mais surtout en tant que passage vers d'autres dimensions de l'âme humaine) qu'ésotériques, alchimiques, métaphysiques.
La volonté affichée de Coil sur cet album etait de produire quelque chose de beau à partir d'éléments plutôt peu attirant, à partir de son dégoutants monter que l'on peut parvenir à une musicalité.

Scatology marque donc d'une certaine manière le premier opus de la période "industrielle" de Coil et s'ouvre sur le titre "Ubu Noir", une référence au Ubu Roi d'Alfred Jarry mais aussi au célèbre dictateur africain Mobutu, une pièce très cabaret sombre servant de courte introduction au morceau suivant, le plus rythmé "Panic", conçu dans l'intention de "faire danser les punk".
"The Heart Of It All" est peut être le morceau le plus apaisé de l'album, même s'il garde en arrière plan une atmosphère toujours un peu sombre, Gavin Friday vient préter sa voix sur le plutôt glauque "Tenderness Of Wolves", le rythme et les percussions se font plus martials sur "The Spoiler" ou "Solar Lodge", on retrouve une nouvelle fois une critique de la religion dans le titre "Godhead = Deathhead"...
The S.W.B.P (The Sewage Worker Birthday Party) lui, tire son nom d'une histoire relatée dans un magazine sadomaso gay suédois et citée en partie dans les notes de la pochette.

Puis arrive le dernier titre, la conclusion, peut être la pièce d'orfèvre de l'album, une reprise du Tainted Love de Soft Cell (Marc Almond, l'un des membres de Soft Cell, deviendra une figure très connue de la musique underground et est déjà à l'époque un ami du groupe), une reprise ralentie, funèbre, moritfère et glaciale, qui sortira indépendamment en single (accompagné d'une version raccourcie de "Aqua Regis" et réarrangée de "Panic") dont tous les bénéfices seront reversés à la lutte contre le SIDA.
Coil, malgré l'homosexualité avérée et complétement assumée de ces deux membres, n'a jamais milité pour les droits homosexuels comme le faisait à la même époque un Bronski Beat pour la simple et bonne raison que le groupe vivait convenablement son homosexualité et ne cherchait aucune reconnaissance à ce sujet.
Coil, de par son mode de vie extrêmement lié au sexe, à conscience d'être concerné par la dangerosité du VIH mais le fléau ne les atteindra pourtant jamais, ce qui n'est pas le cas de beaucoup de leurs amis qu'ils verront mourir.
Le single "Tainted Love" est la seule incursion dans le domaine d'un quelconque militantisme de la part du groupe, exception fait de "The Gay Man's Guide To Safer Sexe", un film promouvant les relations sexuelles protégées.

Si Scatology est devenu un album culte du fait de son statut de premier album de Coil, son manque de cohérence ne le place pas dans les meilleurs, mais Coil y fait montre d'une véritable personnalité, qui explose à chaque titre, et l'album demeure l'une des pierres angulaires pour comprendre le développement futur du groupe.

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