jeudi 30 septembre 2010

Constant Shallowness Leads To Evil [9] - How To Destroy Angels [Remixes & Re-Recording] (1992)



Comment tout cela a t-il commencé? Je ne me rappelle pas. Je ne me rappelle plus. Je ne me rappelle que de la nuit, et cette petite route, sans lampadaire, à peine la pâle lueur de la pleine lune pour éclairer mon chemin. Pourquoi est ce que j'ai soudainement décidé d'emprunter ce chemin? je ne le prend jamais d'habitude...
Est ce que c'est à cause du bruits, de ce bourdonnement qui a attiré mon attention? Est-ce à ce moment que je l'ai entendu? ou plus loin, dans la forêt qui m'entourait... mes pensées sont confuses.
Je ne me rappelle pas, je ne me rappelle plus.
Mais j'ai suivi ce son, cet étrange son rotatif venu de nul part, venu des arbres, de la forêt... et il y avait une lumière, très faible, vacillante, comme une luciole : c'est de cette source lumineuse que semblait venir le son.
Alors je l'ai suivi, je me suis engouffré dans la forêt... mais j'avais beau avancer, le son et la lumière ne se rapprochait jamais.
Et puis c'est le trou noir, le black-out temporaire...
Je suis tombé, j'ai trébuché, sur des racines...ou bien je suis tombé dans un trou...oui, je crois que c'est ça, c'est ici que je me trouve, dans ce trou, une caverne surement...
Je me redresse, reprend peu à peu conscience dans l'obscurité la plus totale. Il fait froid, c'est humide, j'entends des gouttes tomber sur le sol, le sol rocheux, comme les murs.
Je ne vois rien, à part la lumière, cette lueur que j'ai suivi, elle est toujours là, au loin, accompagné de ce son que je ne parviens pas à définir complétement, je n'ai encore jamais entendu un tel son.
Et puis, soudain, il y a un vacarme assourdissant,  quelque chose s'approche, quelque chose est déjà là, tapie dans l'ombre de la nuit qui hante ces cavernes, j'entends son souffle, je la sens qui m'observe, qui se régale de ma peur... alors je cours, aussi vite que je peux, en ligne droite, sans savoir où je vais, je fuis, sans savoir si je suis déjà mort ou non.
Je sens cette chose, cette bête (?), ce monstre invisible derrière moi, je continue à courir à m'en rompre les jambes, et soudain je débouche sur un couloir où souffle une tempête comme j'en ai rarement éprouvée, un vent froid, glacial, lunaire, bruyant, qui semble vouloir me percer les tympans et me rompre les os.
Je ne peux pas lutter, alors je me laisse emporter, dévalant les galeries comme s'il s'agissait de vulgaires toboggans, je glisse et je tombe au bord d'une falaise pour me retrouver dans un lac, ou une source, une large étendue d'eau, fraiche, au milieu d'une place magnifique, environnée d'un halo bleuté comme s'il s'agissait d'un rêve, je le crois un moment.
A la surface de l'eau se reflète une multitude d'étoiles, des boules lumineuses qui clairsement la voute de cette grotte, et toujours ce son, cet espèce de bourdonnement circulaire indéfinissable. Je crois qu'il s'agit d'insecte, mais je n'en suis pas sûr, je ne suis certain de rien pas même de ma réalité, pas même de mon existence.
Le lac se prolonge un peu plus loin en un mince ruisseau qui s'enfonce dans les profondeurs de la grotte, le seul fil conducteur que j'ai sous la main, le fil d'Ariane qui se déploie à chacun de mes pas.
Progressivement, le bourdonnement entêtant et hypnotique laisse place à un fracas métallique, un concerto de machines, qui s'intensifie en un brouhaha cacophonique à mesure que me rapproche.
Les machines sont toutes rassemblées ensemble, comme une meute de corneilles réunies en un concile, toutes agglutinées les unes aux autres et se répondant par des cliquetis, le cri des rouages huilés ou rouillés qui hurlent autour de moi.
Un peu plus loin, un homme attend, me faisant face, dans une posture de garde-à-vous, un homme barbu, fin mais pas frêle, le visage maculé de cambouis et de graisse, seulement vêtu d'une ancienne salopette tachée.
— Je t'attendais, suis moi. Je m'appelle l'ingénieur, je ne suis là que pour t'ouvrir la porte et te montrer le chemin.
A son passage le vacarme assourdissant des machines se mue en une étrange symphonie mécanique, comme si soudainement, elles avaient trouvé leur chef d'orchestre. Il me conduit jusqu'à une porte, une lourde porte métallique, qu'il ouvre grâce à sa clef et qu'il referme derrière moi, me laissant seul dans un long couloir lumineux que je traverse lentement, comme si mes pieds étaient devenu indépendants et contrôlaient le reste de mon corps.
Qui y a t-il au bout de ce tunnel? Je le comprends au fur et à mesure que je me rapproche de l'autre rive, sans vraiment savoir si il en existe vraiment une ou si je vais errer à jamais ici. C'est un autre royaume, un autre monde, indescriptible parce qu'intraduisible en terme que les vivants utilisent.
C'était un voyage étrange, et je sens que mon être n'a plus aucune consistance, la chair et le matérialisme sont des choses obsolètes là où je me rend.
J'entends les gongs mais je n'ai plus peur, tout est clair maintenant.

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